Qui se cache derrière les attaques contre l’armée syrienne à Raqqa et Deir Ezzor ? Une lecture des acteurs potentiels

Colonnes de fumée s'élevant d'une route désertique dans la Badia syrienne, avec un point de contrôle militaire camouflé au premier plan, symbolisant l'escalade des attaques dans la Jézireh syrienne.

La région de la Jézireh syrienne connaît récemment une escalade des attaques ciblant les positions et les points de contrôle de l’armée syrienne, à un moment sensible qui coïncide avec des négociations complexes entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), et une phase de transition délicate sur les plans sécuritaire et politique.

La question n’est plus : Y a-t-il une escalade ? Mais plutôt : Qui en bénéficie ? Et qui se cache réellement derrière ?

Premièrement : L’organisation de l’État islamique… un retour par le chaos

L’acteur le plus probable est l’organisation de l’État islamique (Daech). Malgré la perte de son contrôle territorial à Raqqa et Deir Ezzor en 2019, l’organisation n’a pas été éradiquée en tant que réseau sécuritaire ou idéologie. Ce qui reste, ce sont des cellules dormantes, agissant selon une logique d’usure et de frappes limitées ayant un grand impact médiatique et politique.

Plusieurs indicateurs renforcent cette hypothèse :

  • La capacité opérationnelle : La nature des attaques (embuscades, engins explosifs, ciblage de patrouilles) correspond aux tactiques traditionnelles de Daech après la perte de son territoire.
  • Le mobile de vengeance : Le dossier des familles de l’organisation dans le camp d’Al-Hol est resté un moyen de pression sensible. Un changement dans le statut de ce dossier a ravivé le désir de l’organisation de prouver à nouveau sa présence.
  • Profiter du vide sécuritaire relatif dans les zones de contact et la campagne ouverte.

Historiquement, Daech se nourrit des phases de transition. Chaque fois qu’il y a une confusion politique ou des négociations instables, il agit pour dire : « Je suis toujours là ».

Deuxièmement : Les FDS… un jeu de messages politiques ?

La deuxième hypothèse – et la plus sensible – concerne les Forces Démocratiques Syriennes. Dans le contexte des négociations d’intégration ou de restructuration des relations avec Damas, certains pourraient considérer que montrer la fragilité de la situation sécuritaire dans les zones contrôlées par l’État sert de carte de négociation.

L’idée ici n’est pas une accusation directe, mais une lecture purement politique : S’il apparaît que l’État est incapable de maintenir la sécurité seul, cela renforce la position de toute partie négociant depuis la position de « partenaire indispensable ». Mais ce scénario comporte un risque élevé, car jouer la carte du chaos peut se retourner contre tous, et accorder à Daech un espace plus grand que souhaité.

Troisièmement : Les vestiges de l’ancien régime… règlement de comptes ou repositionnement ?

Il existe une hypothèse moins probable représentée par des réseaux sécuritaires ou militaires liés aux restes de l’ancien régime. Le mobile ici pourrait être de :

  • Perturber la phase de transition.
  • Faire échouer de nouveaux arrangements qui ne servent pas leurs intérêts.
  • Créer une situation d’instabilité qui reproduit le besoin de leur présence.

Cependant, ce scénario reste le plus faible en termes de capacité sur le terrain comparé à Daech, à moins que ce ne soit par une coordination indirecte ou l’exploitation de cellules existantes.

Le timing… la clé de compréhension

L’escalade coïncide avec :

  • Des négociations sensibles entre Damas et les « FDS ».
  • Une réorganisation sécuritaire et administrative dans la Jézireh.
  • Des changements régionaux affectant le positionnement militaire dans l’est syrien.

Dans de tels moments, toute opération sécuritaire passe d’un événement sur le terrain à un message politique.

Qui en est le plus grand bénéficiaire ?

En analysant le principe de « qui en bénéficie », nous constatons que Daech gagne dans tous les scénarios :

  • Il prouve qu’il n’est pas fini.
  • Il détruit la confiance de la population envers toute autorité en place.
  • Il creuse la division entre les parties locales.
  • Il se réinstaure comme un acteur sécuritaire incontournable.

Mais le plus dangereux n’est pas que l’organisation soit l’acteur direct, mais qu’elle soit instrumentalisée ou que l’on ferme les yeux sur ses mouvements comme moyen de pression par des acteurs locaux ou régionaux. Ici, les cellules dormantes se transforment en outils dans un conflit qui dépasse leur propre capacité.

La probabilité logique penche vers Daech comme acteur direct ou premier bénéficiaire de l’escalade. Quant aux autres parties, elles ne sont peut-être pas nécessairement les exécutants, mais elles évoluent dans un environnement politique permettant au chaos de devenir un outil de négociation.

La Jézireh syrienne n’est pas seulement une arène sécuritaire, c’est une arène de messages. Et toute partie croyant pouvoir utiliser le feu comme moyen de pression doit se rappeler que cette région a beaucoup brûlé… et qu’elle est toujours hautement inflammable.

Note : Les opinions publiées dans cet article expriment le point de vue de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale du site.

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