L’EI reviendra-t-il dans la Jézireh syrienne ? Une lecture des facteurs de vide, de colère et d’instrumentalisation politique

L'EI reviendra-t-il dans la Jézireh syrienne ? Une longue route désertique dans la Badia syrienne au coucher du soleil, avec des traces de pneus et la silhouette lointaine d'une personne, symbolisant le mouvement caché de Daech.

L’EI reviendra-t-il dans la Jézireh syrienne ?

Depuis la chute du « Califat » autoproclamé par l’État islamique (EI) à Raqqa en 2017, la question de son retour ne se pose plus sous la forme
« Est-il fini ? », mais plutôt : « Quand et comment reviendra-t-il ? ». L’organisation a perdu son territoire, mais n’a été éradiquée ni en tant qu’idée, ni en tant que structure sécuritaire dormante. Aujourd’hui, avec les transformations du paysage syrien, la question revient avec insistance : sommes-nous face à un environnement propice à la naissance d’une nouvelle version de l’organisation ?

1. Le retrait américain : une opportunité ?

La présence militaire américaine dans le nord-est de la Syrie n’était pas seulement un soutien militaire, mais un « parapluie de dissuasion politique ». Un retrait créerait un vide sécuritaire, et en Syrie, le vide ne reste jamais vide. Historiquement, l’EI ne revient pas d’abord par les villes, mais par :

  • Le désert (Badia) et les routes de contrebande.
  • Les cellules dormantes.
  • Des assassinats ciblés pour semer la confusion.
  • Des frappes symboliques pour prouver son existence. Si la pression se relâche, l’EI pourra se réorganiser. Mais le plus important est que le retour de l’EI ne nécessite pas seulement un vide sécuritaire… mais un terreau de colère.

2. Le dossier de l’EI : une carte politique ?

Les FDS (Forces Démocratiques Syriennes) savent que tout dérapage sécuritaire les mettrait en accusation. Cependant, dans les conflits complexes, l’instrumentalisation du « dossier EI » comme moyen de pression politique n’est pas exclue. Toute faille dans la gestion des prisons ou tout laxisme calculé pourrait engendrer un chaos profitant à plusieurs parties.

3. La colère économique : le terrain le plus dangereux

Les organisations extrémistes ne vivent pas que d’idéologie, mais de frustration. Chômage, pauvreté, inégalités flagrantes et absence de justice transitionnelle rongent la confiance. Lorsque la population voit les responsables des violations passées vivre en toute impunité, un sentiment de « double injustice » se forme. L’EI exploite alors ce grief en se présentant comme celui qui « rendra justice » et punira les corrompus.

  • À Deir Ezzor : La négligence et les milices iraniennes creusent le fossé.
  • À Hassaké : Un sentiment de marginalisation chez une partie des Arabes.
  • À Raqqa : La détérioration des services et la drogue menacent le tissu social. L’EI utilise historiquement ce discours : « Nous représentons les gens de la région contre les étrangers ».

Conclusion : L’EI reviendra-t-il dans la Jézireh syrienne ?

L’EI ne reviendra pas sous la forme d’un « État » contrôlant des villes (comme en 2014). Mais il pourrait revenir sous une forme plus dangereuse : insurrection sécuritaire, assassinats et usure à long terme.

Le retour de l’EI n’est pas une fatalité, mais une probabilité réaliste si trois facteurs se réunissent : vide sécuritaire, injustice économique et absence de participation locale.

La vraie question n’est pas : « L’EI reviendra-t-il dans la Jézireh syrienne ? » Mais plutôt : « Les acteurs locaux apprendront-ils de l’expérience passée pour fermer les portes de la colère avant que celles de l’enfer ne s’ouvrent ? »

Note : Les opinions publiées dans cet article expriment le point de vue de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale du site.

2 réflexions sur “L’EI reviendra-t-il dans la Jézireh syrienne ? Une lecture des facteurs de vide, de colère et d’instrumentalisation politique”

  1. AKIL Mazen

    C’est de la propagande pour effrayer l’occident.
    Quel rapport entre les citoyens syriens et l’EI à l’heure où 5700 parmi eux sont été transportés en Irak ?
    Quel rapport entre la colère des gens et l’Ei ?
    Et, y a t-il vraiment colère ?
    L’EI n’a jamais énoncé qu’il défend les gens contre les étrangers.

    1. Ahmad Alhaj Saleh

      Cher M. AKIL Mazen,
      Effrayer l’Occident ?! Et dans quel but ?
      La menace de l’EI grandit-elle parmi nous, ou en Occident ? L’Occident a certes été touché, mais qu’est-ce que cela représente comparé à l’ampleur de notre catastrophe ?
      Je vous réponds ici sur un plan personnel : je suis un enfant de Raqqa et un ancien détenu de l’EI. J’ai été enlevé avec mon frère en 2013 ; si j’ai survécu, son sort à lui reste inconnu à ce jour. De plus, quatre des frères de ma femme ont été exécutés par cette organisation.
      Ce n’est pas de la théorie. Nous observons chaque jour sur le terrain, dans cette géographie maudite, les signes concrets de leur retour, favorisé par les changements politiques et militaires actuels.
      Face à cette réalité, de quelle « propagande » parlez-vous ? Et quelle preuve vous faut-il de plus que le vécu de ceux qui paient encore le prix du sang ?

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